MARIA TORRES

LE RANGEMENT DU MONDE

Poèmes



LES OUBLIÉS


Je sens comme je sens, la pluie tombe, s’approche, arrive en ivoire endiablé.
Dans son mental, tiens ! de drôles d’oiseaux qui parlent...
Ceux qui sont souillés, remuent la saleté. Ils traversent le temps, et on les oublie...
Ces autres oubliés reviennent dans l’anonymat, sans rien montrer de leurs tentations lugubres.
Ils veulent gérer l’humanité.
Leurs ailes pleines de discordances se cachent devant l’horreur de leurs visions.
Ils voient tous ceux qui sont. Et qui pour eux ne sont rien...

Ceux-ci manquent de signes de bonté.
Ce parcours opère en moi de l’émoi. Leurs visages m’ont suivi, jusqu’à la fin...
Parlant sans parler, courant sans courir, allant sans arriver.
Parler, sans agir, c’est abandonner la lutte...

Le temps qui passe ne s’arrêtera pas....
Il ne nous laisse pas sans fins. L’étude est ouverte...
Je parle aux successeurs, pour les prévenir. J’ai vu, avant que ma respiration s’éveille, la pensée instinctive se dévoiler à moi; elle me parle, habillée comme de livres sans lettres ni pensée.
Ce sont eux qui nous conduiront vers les chemins de l’éveil, sans éclairer les consciences verrouillées.
Je vois, et sens ce que sera cet appel, axé contre la férocité... Il m’avertit de loin de son dépouillement... Le vent frappe... Il me parle. S’il n’est injure, dis-moi le fond de tes pensées.
Exhume les mots, le temps presse et nous astreint à communiquer.
Dis-moi, sais-tu ce que j’approuve, ce qui serait une vie de justice sans qu’il y ait de justiciers ? Heureuse étape ! Sais-tu ? Rire du monde, et de son silence ! !... Ouvrons les portes, que les aveugles voient... que la mer s’agite... que cette vision sorte... Qu’elle nous soit donnée !
Car sans cela je meurs. Le temps remplit ton silence, l’espace m’appelle et s’évanouit.
Les négations occultent la barbarie, perdue dans l’oubli, et mon travail s’enferme en moi.
Elle est née la parole sans fin...
Celle de la démence, et celle du silence.
Dans l’oubli de tous ! ! Les oubliés ! Ils sont ailleurs... Les liens tissés dans ta cellule, et ton travail qui se présente en masse...

Ton témoignage est d’une horreur crédible. Je suis convaincue de la nécessité d’un autre langage, celui de l’humanité.
Mon corps tu peux le couvrir de fleurs, le conditionner parmi leurs pétales et l’ensevelir, sur une planète conditionnée.
Là où le langage des hommes me parle, au présent; me disant leurs allégresses... Sur une planète d’amour.
Mais... ? Ils marchent au pas, comme des soldats. Leur cœur est blessé, ils sont en bataille et demandent pardon. Je veux que vous le sachiez, un jour cette bataille sera achevée, c’est mon désir le plus fort.

       Inspiré du livre de Ramonède “Les oubliés”, témoignage sur les prisons franquistes.





LE MÉPHISTO


Toi... Tu es sombre et te dépeins en rouge.
   Sans que je nie ta beauté,
Tu représentes dans la nuit le feeling de tes instincts.
   Les bonnes pensées te troublent,
   Et dans le monde tu défiles
   Vers d’autres créatures agiles.
Tu te représentes en rouge et sublimes la beauté,
   Entraînant dans ton sillage
   Toutes les racines du mal.
Pour nous tenir compagnie dès l’orée de notre vie,
   Ainsi tu parcours la terre
   En azalées embaumées,
   Où nos poussières te grisent,
   Accaparant nos esprits,
   Dépeignant dans ta clarté,
   Sur le noir qui veut briller,
Subissant dans tes caprices des astuces camouflées.
   Tes tentations et tes griffes
   Font de nous tes prisonniers.
Mais ton repaire... par le feu cultivera ton néant.





TOUJOURS MEILLEURS


Sœur Marie-du-Carmel quitta Lourdes avec une certaine inquiétude, car ce jour-là, Sœur Martine, malade et ne pouvant remplir sa mission, lui en avait confié la charge.

En charrette attelée Sœur Marie-du-Carmel partit donc ravitailler le couvent d’Argelès-Gazost, emportant entre autres des paniers d’œufs pour les Sœurs de l’hospice de cette ville.

La pensée de Sœur Marie-du-Carmel vagabondait dans un fleuve d’eau vive jailli de son esprit.
Ce chemin et cette route l’emmenaient vers un havre de paix, au plus profond de sa pensée... Suivant la route cahotante et les chemins caillouteux, hérissés de cabosses, monticules déséquilibrant le chargement dans ce parcours mouvementé... Au gré de ces perturbations, la charrette et son attelage semblaient se changer en un bateau allant à dérive.

Cependant, les mulets avançaient imperturbables sous les rênes de Sœur Marie-du-Carmel; elle les avait en main, et son esprit presque en vacance méditait sur les malheurs des autres. Enfin, elle priait pour que la paix revienne chez certains paysans, qui se battaient souvent à coups de fourches pour consentir un passage sur leurs terres.

Ces paysans grognons contenaient en eux la haine de l’autre.
L’Évêque ayant eu vent de ces remue-ménage résolut de recourir à Sœur Marie-du-Carmel pour réduire la discorde paysanne.
Avec ses mots d’apaisement elle leur disait “devenez meilleurs”. Ce fut la raison pour laquelle on érigea cette statue car en ce lieu se produisirent des miracles.
Devenez toujours meilleurs...

La charrette continuait d’avancer le long du Pont-Neuf. Sœur Marie-du-Carmel méditait, sa pensée vagabondait, allant tantôt vers les autres, tantôt vers l’endroit appelé aujourd’hui le Pont de fer, au pont qui traverse le gave de Pau.
Il y avait de la magie sur ce chemin, incitation au rêve. Au charme du paysage, une douceur suprême inonda son esprit. La beauté la comblait.
Passant le long du Pont neuf, elle confia sa charge à la Vierge. Auparavant, une joie intense portait son élan, arrivée au lieu-dit “l’Asticotière”.

La charrette avançait lentement dans son crissement cahoteux. Subitement, elle bascula sur le bas-côté de la route. La charge des vivres qu’on lui avait confiée chavira, et s’éparpilla au sol. Reprenant ses esprits devant la dure réalité elle réalisa la catastrophe. Un cri de détresse sortit de sa gorge.

Arrivant quand même à se relever comme piquée par un ressort, elle commença à tout ramasser consciencieusement. Alors, abasourdie, ne croyant pas ce qu’elle voyait, dans la fièvre de l’empressement elle réalisa que les œufs étaient intacts, ayant roulé comme des balles de ping-pong sans qu’aucun ne se soit cassé ! ! !
Sœur Marie-du-Carmel venait de vivre un miracle.

En signe de remerciement, en cet endroit privilégié près du Pibeste, on érigea une statue à la Vierge Marie pour commémorer ce miracle et rendre grâce à L’Éternel.

          Tiré d’une légende des Pyrénées



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♥ ♥ ♥

♥ ♥     BOUQUET     ♥ ♥

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Je badais dans ma gondole…

Ton bouton de rose rouge !

Contemplant leurs coloris,
rouges orangées jolies,


dans mes yeux tes pas s’affichent
marchant pour cueillir tes roses.
Tu as mis de la lumière
sur ma cheminée sans roses.

Dans ce bouquet de fragrances
Tu as mis tes souvenirs.
des roses blanches fleurissent,
se répandant dans notre vie.

L’image de ces pétales,
visitant mes feuilles blanches,
vient pour te dire merci, pour la rosée de ces branches.

Tu capteras leurs parfums,
pour faire revivre leurs vies.
Les vents porteront leurs images
lorsqu’elles seront fanées.
L’équilibre de la terre s’y renouvelle sans fin
et je veux te dire merci du parfum qu’elles m’ont laissé.



À Léone, en remerciement pour ses bouquets




PREMIÈRES PAGES DU ROMAN


Moi, Céline,

Je me trouvais assise, face à ma fenêtre.
J’étais perdue dans le fond de mes pensées. Je réfléchissais à la manière dont je pourrais exprimer ces pensées, face à l’espace vivant.

Ces pensées venaient du fond des temps. Elles m’interrogeaient sur la vie qui prévalait face à la grandeur de l’Univers, de l’Univers vivant.
L’espace s’était infiltré en moi et agissait comme un aimant. Sa métaphore m’avait amenée jusqu’à un désir inconnu. Il me guidait sur des sentiers nouveaux.
J’ai tourné mon attention vers l’espace aussi souvent que possible. Ne pouvant me contenter de contempler cet océan d’idées, il me fallait le transmettre, partager cette vision du ciel qui me brûlait comme un étrange feu de braises et de lumière.
J’admirais cette révélation d’idées, mais d’être astreinte à l’écriture rendait la situation étrange, compliquée.
L’espace, je l’entendais murmurer, comme une source fantastique d’idées, chargée du savoir du ciel et pléiade d’éléments, dont je ne sais comment ils m’étaient rendus manifestes.
Il y avait le savoir de la terre, le seul que je pouvais capter.
Ce spectacle divin, je le contemplais de la fenêtre de ma chambre. Il envahissait mes songes, d’un savoir venu se livrer à moi de tous les signes éparpillés dans l’espace libre et dans les livres. J’y savourais les contes les plus exquis rendant grâce à la nature.
Toutes esquisses portent autant de souvenirs pénétrant la vie de l’espace.
Il a ses lueurs qui brisent autant par la joie que l’ivresse, pour surmonter la vie de tous les jours. Je me devais d’y parvenir. De saisir l’opportunité. Et plus le temps passait, et plus cette envie insistante me tenaillait.
Je revenais tous les jours à cette irréalité réelle, et tous les jours elle me tenaillait davantage, elle me prenait par la main et je devais la suivre, je devais la transmettre.
Ce qui m’inquiétait le plus, était de trouver la manière, l’alignement de lettres et de mots qui rendraient ces résonances descriptibles.
Ce qui se reflétait dans des investigations où la vie rêvée prend place dans la réalité.
Je songeais aux racines de mon imagination, nourries du plaisir de l’espace.
Et Il déversait en moi les pratiques incalculables et informelles de tous les acquis.
Était-ce un sens mystique qui se greffait en moi ?
Je mesurais la distance réelle qui me sépare de lui, la même qui le sépare de la Terre.
Le ciel est seul possesseur de son savoir, et nous sommes dans son souffle.
Tout son intime traverse notre pensée.
Nous le touchons du doigt.
Et pour mieux comprendre l’étoffe de cette affaire, je me mets à la rêver.
Euphorique, en adulation...
Et je coche tous les signes d’entité.




LE RANGEMENT DU MONDE


Le monde se range parmi d’autres rangements.
Des outillages rangés tout le temps,
c’est un problème, important.
Il éclôt du pacte vis-à-vis de l’autre;
l’autre, cet autre paraît comme une main invisible
de l’autre.
Tym s’était convenu qu’il ne fallait pas bouger,
et tout cela,
n’avait qu’à rester à sa place. Mais ne pas changer
de place,
rester rangé, ne pas bouger,
et ne rien dire,
Tym l’avait compris.
Car l’autre,
cet autre était la main de l’autre.
Mais l’autre aussi a sa main... celle de l’autre.
Avoir la main ? Tym commençait à prendre conscience des proportions aliénables
qu’incombait son statut,
celui de ne pas pouvoir bouger pour autant que l’autre le veuille...
Le voulait-il ?
Il aurait fallu prendre la main de l’autre.
Son amplitude lui donnait raison.
Un mouvement seul, aussi fort soit-il reste toujours rangé
sans la main de l’autre.
Tym s’arrange donc à déranger... ainsi comprit-il
que le désordre arrangé peut faire bon ménage
avec le désordre bien rangé.




L’histoire m’avait été racontée souvent, sont principe était devenu le mien, les soirs de printemps. Toutes les discussions venaient s’imbriquer les unes dans les autres, les grands murs traversaient la route, et, depuis le ciel, Pluton se mit à écouter notre langage.

Cris de joie devant la maison où les enfants couraient à perdre haleine. L’odeur des rosiers se répandait sur la fête, les enfants devenaient des étoiles filantes, et la planète haut perchée sortait de son silence. Les arbres féeriques entendaient les nouvelles et Pluton ouvrait des passages habiles. Les arbres attendaient une nouvelle venue, le ciel était éclairci, et à travers ses hanches s’exprimait le silence, celui des mots.

Les étoiles filantes bordaient le silence de la nuit, la fillette entendait le chant s’exiler au détour du ciel, bientôt les mots vont exprimer le silence, transformer les sons en lumière. Les pas des passants attendaient les fêtes du village, l’odeur enracinée du seringa faisait jouir la rue de sa présence. Elle était immaculée, pétrie d’une blancheur suprême. Bientôt, la longueur des mots allait se perdre dans l’espace.

Ce chant détourné en exil allait devenir le peuple embaumé de langueurs chaudes, celles du silence, l’étoile du fond cachait ses griffes et Pluton se mit à dormir.




LES BRAS D’ORPHÉE

Un voile se déchire, dans le recueillement de la nuit.
 
Cet homme va noyer sa vie
pour qu’enfoui tout reste dans l’ombre.
Ses habits vont s’envoler,

sa chemise se déchire, l’orage pourpre gronde
dans le sombre.
La foule le voit tomber, se pétrifie une seconde.

La lune embrase son corps, doré d’un blason profond.
Il roule dans le sable.

Dans les profondeurs de l’âme,
les chagrins ouvrent les vannes de larmes,
le vent passe du sable sur ses angoisses endormies,
le veilleur de la nuit laisse sortir des tombeaux.
Le calme joyeux défile, de fleurs enrobé,
lavé de pétales rouges.
 
Le jour va l’éveiller, pourpre se lever l’aurore enfin.

Dans les bras d’Orphée la belle fleurit sa tombe
avant le soleil couchant,
comprenant la stratégie des ombres.




SPOT SUR UN AU-DELÀ


C’était dans une rue interminable d’où j’arrivais enfin à m’échapper. Ma pensée euphorique se voulait : en eux, en elle, en moi, en rien. Tout cela semblait être un rêve qui pourtant restait en corrélation avec d’autres lieux tombés en désuétude depuis que...

Depuis le jour, l’heure indiqués sur un feuillet, auxquels je devais me rendre seule dans un lieu inconnu. Mais ce lieu mystérieux me proposait d’apporter une acuité pour capter les faits y régnant. Lors de cet appel tout mon être s’était fondu, pétri dans cette entreprise qui me submergeait d’incompréhension. Cela me condamnait dans un enfermement inimaginable, dont je restais douloureusement prisonnière, bloquée. Il me semblait sortir de moi. Cet endroit était sans indices avec les précédents. Une fenêtre étroite, fermée, engloutie sous la verdure qui semblait soutenir les lieux... Cette image capta ma vue et resta circonscrite dans cet encadrement, puis un vide parut m’absorber dans une contemplation impérieuse qui m’éloignait encore plus. Cela était une douloureuse emprise qui rugissait... férocement.

Ces lieux, cette rue, cette ville se jouait de mes pensées... était-ce une blague ? Arrivée à ce qui pouvait ressembler à un hôtel, un étrange personnage m’attendait et me signifiait un pacte secret...

Je me sentis prise en otage dans ces lieux étroits, et me rétractais en me dirigeant vers une porte automatiquement surveillée par une caméra mobile... Je me vis filmée, tous mes mouvements étaient comme traduits par des signaux automatiques... Quelle étrange atmosphère...

Cela me faisait peur... comment accorder mon esprit de communication dans cette mission où m’était subitement imposé un rôle d’émissaire ? Dans ces instants, même les Ramblas de Barcelone m’apparaissaient si loin dans mon souvenir, depuis que... Depuis qu’un commis m’avait tendu un billet sur lequel un ordre m’était donné, libellé de sous-entendus inquiétants. Il me fallait suivre un itinéraire ponctué de façon formelle, “qui serait effectué dans un moment, mais pas dans un autre”. J’étais habituée à des rencontres impromptues, voire insolites, par mon travail. Mais là, je voulais fuir, ce qui est contraire à ma nature. Il me fallait savoir où m’amenait cet étrange concept hallucinatoire qui me projetait dans une opacité sans issue.

Aucune solution ne s’offrait à moi pour échapper à l’angoisse qui montait vers cette étrange impasse... Trouver un segment de réel, qui me relierait à des signes avant-coureurs pouvant éclairer ce lancinant tintamarre discordant, lequel me crispait au point de ne pouvoir avancer vraiment. Déambulant d’un côté à l’autre de cette rue interminable, j’aperçus sur une porte le numéro “19”. Mais en m’avançant la porte disparut. Après un temps incertain, m’approchant d’une énorme porte, au n° 19, celui-ci bien réel me semblait-il, car sur cette porte recouverte d’un miroir, l’énorme glace me reflétait en m’attirant avec une sensation annihilant toute mon énergie. Des spots m’y projetaient et me déformaient de façon étrange. Figée, je ne souhaitais que la fin de ce déluge d’images macabres. Des rayons m’envahissaient et m’oppressaient au plus profond de mon plexus solaire. Tout était irréel, destiné à me rendre vulnérable. Je voulais m’abstenir de regarder plus longtemps... Impossible, il me fallait voir pour comprendre. Devant moi, un couloir comme un boyau difforme, et plus loin une sorte de tête projetant des flammes, crépitant comme une planète échappée de son orbite et s’approchant pour rejoindre l’endroit sur lequel je restais clouée au sol, invisible... Pourtant j’avançais mais les murs autour de moi se déplaçaient aussi, j’accélérais, eux aussi... j’étais dans un soufflet de parois qui m’absorbaient, à droite, à gauche, et vice-versa. Dans ce tube noir j’étais aussi, me semblait-il, observée sans relâche. Il ne m’était plus possible de me soustraire à cette entreprise fictionnelle.

Cet étrange personnage que j’étais censée rencontrer, je l’appréhendais. À présent, j’étais sûre d’être suivie par des forces dont le but était de tronquer mon mental au point de capter mes empreintes génétiques... J’aurais voulu pouvoir me restructurer, sortir de cet état démentiel.

Arriverais-je au point crucial prévu dans le message ? J’étais cependant convaincue de pouvoir déjouer ce plan machiavélique, de confusion totale et entretenue par l’idée de bien faire, dans ces méandres pervers, lugubres, d’un autre monde.

Un langage de visionnaire me parvint dans ces arcanes d’où sortaient des éclats de lumière en arcades, étincelantes sur un triangle de cristal où s’affinait un globe comme un pendule en apesanteur. Ce phénomène déclenché par des projecteurs fit basculer ma tête et ma forme initiale parut se reconstituer... De là, je voulus fuir encore, me considérant sacrifiée à l’autel d’une information fictive. Ma solitude, insupportable, inhumaine, devenait ma terreur... Quelle solution ? Que faire ?

Enfin... Dans cet insolite, retrouvant mes esprits, je cherchais rétrospectivement une explication. Ces reflets de glaces... Ces projecteurs encore brûlants... Cet électrochoc, et puis voilà cet éclair de révélation sur l’humanité obstruée virtuellement dans son évolution... Est-ce un leurre ? Non.

Ne nous déshumanisons pas, gardons la sagesse et la raison, sans nous laisser emberlificoter par les faisceaux des projecteurs restés allumés.




JE ME LÈVE


Le matin je me lève je cours
Je suis compétitif
Le matin je sors je pars je vais vite
Je suis compétitif
Le matin dans ma voiture j’accélère vite
Je suis compétitif
J’arrive à mon travail je commence je cours
Je suis compétitif
Je m’active me dépêche sans relâche
Je suis compétitif
À midi j’avale je me presse je ne m’assois pas
Je suis compétitif
Je reviens je m’installe je me dépêche cours
Je suis compétitif
Pas de café pas de cigare pas le temps de souffler je m’empresse
Je suis compétitif
Je continue je travaille des heures supplémentaires heures sans pourcentage
Je suis compétitif
Je m’arrête, je pars, les bouchons sur la route, je cours, prends les courses, le pain
Je suis compétitif
J’arrive. Vous n’avez rien fait, bande de feignants ?
Moi je suis compétitif
Vite j’arrive je sors le linge la table le dîner la cuisine vite
Je suis compétitif
Tu t’occupes des enfants des leçons du bain tu les couches
Je suis compétitif
La nuit tombe je balaie j’étends le linge je fais la vaisselle prépare les habits
Je suis compétitif
La soirée enfin je me couche je suis mort pas d’amour pas de femme pas de mari pas de douceurs
je suis compétitif
La nuit tombe dieu merci
Je suis compétitif
Le lendemain ça recommence le patron est content
Je suis compétitif




☆ ★ ☆ ★ ☆ ★ ☆ ★ ☆ ★ ☆


IMPRESSIONS DU MATIN
 
Au jardin qui a fleuri
Jonché de ramilles tombées du ciel
Le manteau qui l’a couvert
Courant les ruelles du vent
Décide de s’arrêter
En visite chez nous.
Son manteau
Nous habille et s’en va.
Pour nous plaire le vent est reparti,
Dans son monde il s’est endormi,
Pour de nouveau prendre place
À côté de mon jardin.
Comme il était amoureux,
Il revient faire la fête.
Il me baigne d’amour
Dès que j’ouvre la fenêtre.

☆ ★ ☆ ★ ☆ ★ ☆ ★ ☆ ★ ☆



Tous ces textes sont extraits du recueil du même nom, qui en compte bien d’autres.

© Maria TORRES
5 rue du Hautacam
65400 ARGELÈS-GAZOST
Dépôt légal : 4e trimestre 2007
Illustrations de Cécile TORRES
Postface de Léone BAZI

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