
| LES MARCHEURS DU DÉSERT
I Mes racines en Afrique, Je pousse dans le jardin de France ; Qui a fait naître au coeur de mes épines, Des bourgeons curieux de nouvelles saisons. En toi, France, Terre d'espérance, Germe, aube nouvelle pour l'humanité. Déjà tes matins brumeux dorés d'un soleil foisonné Portent sur leurs ailes un ciel aimant Qui vient à la rencontre de la Terre. Tes journées grises, cendrées dans leurs pluies, Sont accueillies, par les paysans, Comme prières exaucées. Grâce à toi, je m'élance dans mes rêves. Malgré cette régénérescence J'entends les gémissements incessants des miens en Afrique. Des humains, dans le désert, qui naissent, Grandissent dans le désert et S'anéantissent dans le désert. Leurs marches dans le désert Sont interminables, comme éternelles. Vois-tu, France, Terre d'accueil, Là-bas, en Afrique Le désert progresse de partout et de nulle part. Il est là : le désert Dans les cases, où femmes et enfants gisent par Terre, épuisés par la famine, en Attendant leur fin prochaine. Il est là : le désert Dans les hôpitaux, sans lit, sans médicaments Ni matériels de premiers soins. Ces malades, hommes, femmes, enfants, allongés Sur des nattes à même le sol Espérant, que la mort, prison suprême, Vienne les délivrer. Il est là : le désert Dans les écoles, qui n'ont ni banc, ni craie, Ni cahier, ni salaires pour les maîtres. Il est aussi là : le désert Dans les tornades qui arrachent les toits des cases Et inondent dans leurs pluies torrentielles, des villages et Des champs, emportant dans leur boue meurtrière Nourrissons, vieillards, ainsi que tous ceux que le désert a déjà fragilisés. Toutes ces souffrances des marcheurs du désert Semblent sans écho extérieur. Leurs cris de détresse s'évanouissent Dans l'immensité du désert. Leurs soifs meurent en eux. Ces marcheurs du désert Étouffent leurs peines, dans les sourires tristes du quotidien, Le monde extérieur reste sourd à leur douleur. Pour eux, le lit de la mort est plus doux Que la traversée de l'infini désert. La dureté de leur éternel désert, Les a plongés à jamais dans des horizons couchants. France, Terre d'asile, comprends-tu Pourquoi, les tourbillons du désert Les déposent aux portes de Sangatte Comme des grains de sable dans nos assiettes de coquillages. Entends-tu que là-bas Le ciel ne vient jamais à la rencontre de la Terre ? Et pour seul horizon, PARTIR. Partir, dans l'ultime instinct de survie, À l'intérieur des soutes d'avion, Où s'accomplit souvent Le sacrifice de la naïveté. Un message écrit en chair humaine Pour une humanité désunie. L'Afrique offre au reste de l'humanité Ses lettres de désespoir, Écrites en chair de ses enfants Que la mort la plus humiliante Emporte au coeur de leurs misères. Et pourtant, France, Terre humaine, Ces tristes messages restent étrangers à nos logiques individualistes. Pour du lait subventionné Ici les sols s'en nourrissent, Des corps d'enfants à qui a manqué ce lait Là-bas, les sols s'en nourrissent. Comprends-tu, France, terre de bonté, Pourquoi ces tiers-mondistes, Dans les tourments de leurs déserts, Atterrissent dans l'espace Schengen ; En étrangers qu'étrange Notre indifférent regard du marché libéral. Marcheurs du désert, Marcheurs dans un cheminement intérieur, Où l'on entend la solitude de sa souffrance intime Et l'on devient l'écho de sa propre angoisse. Marcheurs du désert, Marcheurs collectifs, Dans une mosaïque de cheminements Où les souffrances des uns se mêlent à celles des autres Dans cet espace schéolien Où convergent des douleurs muettes, Pour s'évanouir dans le néant de l'indifférence humaine. Marcheurs du désert, Marcheurs du désespoir inné Car l'Afrique est Ce soleil, qui est à la fois désert et nuit Dans la vie de ses enfants. N'est-il qu'un rêve Pour illuminer leur marche ? |
LES MARCHEURS DU DÉSERT II « Où est ma source ? Où est ma lumière ? Où est le puits pour étancher ma soif ? Qui va me dire la vie ? Qui va éclairer ma marche dans le désert Sans repère De ma quête, de ma recherche, de mon envie de vivre ? » Le cri de cette voix inconnue Porte des visages des marcheurs du désert. Ce cri, qui se perd dans l'indifférence humaine ; C'est l'écho des souffrances muettes des marcheurs du désert. Ce cri, qui s'évanouit dans les tourbillons de sable, C'est la misère sourde des marcheurs du désert. Ce cri, qui se mure sous le banc de sable, C'est la rencontre de bien des soifs. Ce cri, est la mémoire des marcheurs du désert ; Qui se souvient de leur vie, Qui revoit leurs pas chancelants, Qui redit leur désespoir. Combien d'humains, a croisé cette voix inconnue, Dans le désert de la faim en Afrique ? Combien d'humains, a suivi cette voix inconnue, Dans le désert des mirages de gloire, d'argent et de réussite en Occident ? Combien d'humains, a pleuré cette voix inconnue, Dans le désert d'exploitation des enfants en Asie ? Combien d'humains, a accompagné cette voix inconnue, Dans le désert de la solitude ? Combien d'humains, a déploré cette voix inconnue, Dans le désert de la haine au Proche-Orient ? Combien d'humains, a chéri cette voix inconnue, Dans le désert des vies déchirées ? Combien d'humains, a embrassé cette voix inconnue, Dans le désert des vies suspendues ? Des femmes, des hommes errant dans les déserts, En quête de donner un sens à leur vie. Ce qu'elle exprime, cette voix inconnue, C'est cette incroyable soif des humains sous le soleil. Soif d'être écouté, Soif d'amitié, Soif de réconciliation, Soif d'un peu de bonheur. Cette soif qui creuse son puits Dans le tréfonds de la vie des gens. Soif des jeunes pour leur avenir, Soif des adultes dans la précarité sociale, Soif des vieillards d'un accompagnement plus affectueux. Malheureusement, Ce qu'a rencontré cette voix inconnue, C'est la platitude des eaux qu'on propose ; Où des eaux alcoolisées pour noyer des vraies soifs. Aux soifs d'être écouté, voici l'eau de bonne conduite. Aux soifs d'être accompagné, voici l'eau de la morale. Aux soifs des fins de guerres, voici l'eau des frontières de séparation. Aux soifs de réconciliation, voici l'eau des dogmes religieux. Aux soifs de la dignité humaine, voici l'eau de la discrimination raciale. Ce que constate finalement cette voix inconnue, Dans le désert des humains Ce sont ces cruches abandonnées Sur les margelles des puits de la vie, De tant d'humains, Vautrés dans la boue des souffrances. Des puits à peine creusés Qui donnent des eaux assoiffantes à boire. Alors, pour étancher ces soifs de vivre Qui va nous montrer la source jaillissante d'eau vive ? Qui va nous donner les cruches adéquates ? |
POUR TON COMBAT, FEMME DU MONDE
Femme, source de vie éternelle
Femme, berceau de l'humanité
Tes gémissements ont donné vie à l'homme,
Ton tendre regard brisé par l'oppression masculine
Recherche, encore dans ton combat, sa dignité.
Femme des maisons arides
Femme des terres confisquées
Ton indéfectible affection offre l'amour
Tes bras grands ouverts consolent des vicissitudes
Aujourd'hui encore, ton visage mouillé de larmes
Espère, dans ton combat, retrouver sourire et gaieté
Femme fragile, mère des airs consolateurs
Femme bonté, creuset de la compassion
Ton visage voilé par la domination masculine
Paradoxalement, exprime espérance et lumière douce
Ton inlassable combat, pour la liberté et l'égalité
Est indicateur du chemin encore à parcourir
Par l'homme pour retrouver la porte du coeur.
Femme de violence conjugale
Femme de vie bafouée des gestes humiliants
Ton visage meurtri par la brutalité du sexe fort
Porte pourtant, dans ses larmes, le pardon toujours renouvelé
Comme arme dérisoire pour acquérir ta liberté et ta dignité.
LE SOURIRE
Parti d'Afrique avec mon absence,
Mon terreau dans le jardin du monde,
J'ouvre ma miette de vie à l'humanité
À travers un regard toujours rempli de sourire
Dans le miroir occidental,
Je suis l'heureux petit poisson frétillant dans l'eau
Donnant l'image d'un visage épanoui.
Dans la vision africaine,
Je suis le généreux petit poisson pleurant dans l'eau
Offrant des larmes invisibles aux yeux de l'humain.
Mais finalement...
De nos apparences à nos profondeurs,
Au-dessus de nos accalmies et de nos turbulences,
Au-delà de nos joies et de nos tristesses,
Au travers de nos saisons pluvieuses et de nos saisons sèches,
J'ai le sourire de constater
Qu'entre les étoiles et les humains,
La lumière et la poussière s'épousent toujours.