Didier Laurens

Cruelle symphonie

CANTO POR LA LIBERTAD D’UN PAÏS

Non ça me dégoûte
Non c’est la déroute
Non pourquoi ces troubles
Non vers quoi je roule ?
Non cessez ces crimes
Non halte aux martyres
Non laissez-les vivre
Non à quoi ça rime ?
Pedro, Diego et Antonio
Il ne reste plus que leurs os
Plus de mémoire et plus de croix :
Seulement un trou et trois cailloux
Il y a ceux qui crient : “Humanité !”
Ceux dont le cœur est transpercé
Puis il y a ces femmes aux voiles blancs
Qui n’attendent que leurs enfants
À quoi ça sert la “Liberté”
Si l’on ne peut même pas rêver
Si d’être pauvre est un péché
À quoi sert donc la “Société” ?
Moi je dis non !
Non non à sa milice
Non non aux représailles
Non non aux dictatures
Non non pourquoi tout ça ?
Non non à l’injustice
Non non aux sacrifices
Non non à leurs tortures
Non non à tout jamais
Non non plus de victimes
Non non finir ces crimes
Non non laissez-les vivre
Non non
Moi je dis “Non”!
¡ El pueblo unido, jamas sera vencido !


LA HAINE

C’est ta chemise du soir, avec laquelle tu dors
C’est ta couverture de laine qui va te réchauffer
C’est tes rêves vengeurs
Qui garnissent tes nuits
C’est elle qui te guide quand tu penses au passé
Elle vit en toi, elle se nourrit de toi
C’est ta compagne, ton amie, ta vie
Elle t’est présente, te précède, t’obscurcit
C’est sa braise qui rougit ton cœur
Elle te protège, assouvit tes désirs
Elle colore ta toile, d’un sang presque vermeil
Elle fait briller tes yeux, comme un brasier de feu
Et chaque jour qui passe, elle t’imprègne davantage
Tu l’entretiens, la ravive, la fait vivre
C’est ta drogue, ton overdose, ton monde rose
Elle guide ta main, dirige ton destin
Elle est comme accro, soumise ou révoltée
Hypnotisée pour mieux t’accompagner
Elle tresse pour toi ce cruel avenir
Tu l’attends, tu la guettes, tu l’espères
C’est ta propriété, ton univers privé, ton éternel péché
Tu la supplies, de ne point te quitter, mais de te protèger
C’est ton fantasme, ton angoisse, ton âme, ta robe de mariée
Ton ambition privée, ta colère outragée
Mais une seule idée hante sa vérité
Son plaisir avoué, mais jamais consommé
De pouvoir se venger, d’un certain dénommé
                                                                LAURENS Didier


VERTIGE D’AMOUR

L’aube pointe à l’orée, constellée de gelée,
La forêt endormie semble se réveiller,
Vos volets sont ouverts sur les cimes enneigées,
Le silence est feutré dans la chambre boisée.
Tout est douceur ou presque dans votre nid douillet
Et vos yeux embrumés semblent s’émerveiller
Sur un décor passé de fresques tapissées,
Et vos pas sont guidés sur ce parquet ciré
Comme un geste effacé qu’on veut apprivoiser.
La senteur du café appelle au déjeuner
Posé sur une table en bois de châtaigner.
La tartine beurrée sur du bon pain grillé
Paraît bien isolée sur la nappe foncée.
Tu contemples évadé le journal du tiercé,
La radio, la télé et de vagues idées
D’un numéro misé sur un cheval blessé.
La toilette opérée, quelques gouttes d’embrun
Sur une peau séchée de vos parfums voilés.
Que de temps écoulé, de gestes répétés,
De journées fatiguées sur vos deux corps usés
Fait d’amour ciselé dans un marbre gravé
Pour ne jamais casser comme un chêne séché
sous le poids des années de vos rides cachées.


                                                                Pour Avelina & Georges


LE VALET

L’espoir fait vivre. Pour l’imbécile qui attend,
Il n’est qu’un numéro de téléphone.
Quand il décroche, on oublie qui il est.
Que devient-il ?
Les froideurs des paroles qui déferlent
Du fond du combiné, sans âme, tout en agressivité,
Pas un souffle de chaleurs humaine,
Pour le valet de supermarché de l’offre et de la demande.
Oh ! Juste un effort par politesse, et sans passion,
D’un bonjour ou d’un au-revoir.
Peut-être même le sourire au bord des lèvres.
On raccroche, le client est servi, même pas merci.
Tant pis, il est là pour ça, le valet.
Le store de la nuit même en plein jour vient de se baisser
Et son cœur va pleurer, comme à l’accoutumée,
Mais de lui on s’en fout...
Qu’il ose déranger ce jeu télévisé,
Où l’on offre cadeaux par imbécilité,
Il ne voulait pas ça notre petit valet.
Il n’avait demandé qu’un zeste d’amitié.
On ne l’a remercié que par un coup de pied.
Il ira se coucher près de sa boule noire,
Elle le regardera comme à chaque fois.
Pour le réconforter elle se blottira.
Fatigué et bien las, le sommeil le prendra.
L’espoir demeurera pour la prochaine fois.
Il voudra se faire croire que tout peut arriver.
Alors il attendra ce jour prédestiné
Quand il s’endormira seul dans sa tête.
Il gardera le peu de baume au cœur
D’un enfant qui n’est pas là.
Par ces paroles hâtives et si répétitives :
“Bonjour Papa, je te fais de gros bisous,
Tu veux que je te passe Maman ?”
Il se rappellera que quelque part là-bas
Son enfant lui dit toujours “Papa”
Et c’est alors qu’il s’endormira.


MA DÉCHIRURE

Elle consume mon corps à petit feu
Elle s’ouvre davantage, quand je pense à nous deux
Elle me surprend à tout moment
Elle me trahit à chaque instant
Parfois cruelle, mais toujours apaisante
Elle me parle de toi, lorsque tu es absente
Tu es là-bas, tu souris sur le sort de ma vie
Attentive, tu as gagné la partie
Tu attendras la fin de cet oiseau nuisible
En pensant que l’amour t’était inaccessible
Je suis là planté, ayant l’air d’un piquet
Comme un coureur blessé, au nord du Ténéré
Et je crie à tue-tête : “Je t’ai toujours aimée”
Mais ça tu le savais, tu voulais m’oublier
Tu me laisses errer, dans mon enfer sordide
Tu tourneras la clef de ton cœur trop rigide
Tout en moi est fichu, je suis très abattu
Étais-je un farfelu ? Tu n’as jamais trop su
L’amour ne s’apprend pas, puisque tu n’es plus là
Mais chaque jour qui passe me rapproche de toi
Attends, attends pour me juger
Mais laisse-moi au moins le temps de te parler
Et ce vœu qu’on faisait de ne point se quitter
T’en souviens-tu au moins avant de t’emporter ?
Qu’il est loin mon parcours de marcheur solitaire
Je t’attendrai encore, à mon dernier repaire.


PETIT

Petit c’est le jour qui se lève.
Petit, toi le fruit de l’amour,
Tes cris, c’est nos nuits d’insomnie,
Tes cris, c’est nos heures d’angoisse.
Je sais, tu auras souvent peur.
Dehors, c’est la vie de Satan.
Parfois tu te diras : “Pourquoi ?”
Parfois, tu ne comprendras pas.
Chaque jour que l’on vit,
C’est ton corps qui grandit dans la nuit,
C’est nous deux réunis, qui attendons le demain et pourtant,
Tu es tout notre temps maintenant.
C’est ta vie que tu attends à présent,
C’est ta vie que tu attends.
Petit, tu es le sang de nos veines,
Petit, tu es le sein de ta mère.
Ta vie, tu sauras la bâtir,
Ta vie, c’est ta main dans nos mains.
Tu l’adores, tu l’espères,
C’est pour toi le bonheur de demain.
C’est là-bas tout au bout du chemin
Qui conduit, pas à pas,
Ton destin et ta vie si lointaine
Ton destin et ta vie si lointaine.
Laisse faire le demain.
Petit, c’est tes nuits pleines de rêves,
Petit, ton printemps qui s’achève.
Je sais, ton étoile est tracée,
Je sais, que tu vas t’éloigner.
Pourtant, tu as fait pleurer ta mère.
Pourtant c’est ta vie à présent.
Musique de Nicolas de Angelis :
“Quelques notes pour Anna”




MON VILLAGE

C’est mon village pyrénéen, qui se cache dans les montagnes.
C’est mon village, c’est ma patrie, c’est toute ma vie.
J’y ai vécu mes souvenirs d’enfance,
Appris à lire et à écrire, dans cette école communale.
Connu des joies, connu des larmes,
Mais chaque fois ça finissait.
Je vais partir dans un pays, dont je ne connais pas la vie.
Mais je n’oublierai pas encore Saint-Béat


Mais croyez-moi, je n’oublierai pas cette femme
Que j’ai connue la première fois.
Elle était belle, c’était un ange,
Aux longs cheveux couleur de jais,
Et dans ses yeux, je sentais revivre encore cet été.
Elle était belle, c’était un ange, aux longs cheveux couleur de jais.


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C’est mon village pyrénéen, que l’on appelle la “clef de France”
Situé tout droit sur une Espagne
Que l’hiver n’épargnera pas.
Il est si loin, le temps où j’étais un enfant.
J’avais mon père, j’avais ma mère,
J’avais mes frères, et puis ma sœur.
Toutes ces maisons, ces rues, ce fleuve,
Ils sont en moi.
Je vais partir, dans un pays dont je ne connais pas la vie.
Mais je n’oublierai pas encore Saint-Béat.


Mais croyez-moi, je n’oublierai pas cette femme
Que j’ai connue la première fois.
Elle était belle, c’était un ange,
Aux longs cheveux couleur de jais,
Et dans ses yeux, je sentais revivre encore cet été.
Elle était belle, c’était un ange, aux longs cheveux couleur de jais.


CRUELLE SYMPHONIE

C’est un peu de bois qui se brûle
Le temps qu’on donne pour qu’il se consume
Ne pas se retourner sur mon dernier passé
Qui croise l’horizon avec ma destinée
N’être qu’un matricule sur un papier froissé
Jeté dans un panier ou au fond d’un casier
Que l’on ressortira comme un jouet cassé
Perdu dans un grenier, avec un cœur brisé
Je garderai rancœur de leurs sautes d’humeur
D’une pâle couleur, je m’en irai ailleurs
Et si par hasard, vous me voyez
N’ayez ni haine, ni regrets
Je vous ai déjà oubliés
Je suis tel, tel que vous m’avez fait
Et je m’en vais ...
Et je m’en vais, personne n’a voulu
Du pauvre chien que j’étais
Je ne voulais qu’un peu d’amitié
Je n’ai eu droit qu’aux coups de pieds
Et je m’en vais ...
Car je ne suis qu’une ombre de passage
Un migrateur dans son nuage.

               Lettres éternelles ....


Illustrations : Yves Lachaud
& pour “Mon village”, Saint-Béat sur gravure ancienne

Les poèmes sont extraits d’un recueil portant le même titre, disponible sur commande chez :
   Didier LAURENS
   12 rue de la Gare
   65400 BOÔ-SILHEN

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